Ces métiers qui émergent : je suis fablab manager

Romain di Vozzo est fablab manager et s’occupe à ce titre de la “gestion”, des expérimentations et des innovations liées au prototypage au (Fab)Lab Digiscope. Entre autres… Découvrez les  spécificités d’un métier aux contours étonnants.

 

Qu’est ce qu’un fablab ?

Les fablabs sont des laboratoires de fabrication numérique personnelle équipés d’un certain nombre de machines contrôlées par ordinateur (majoritairement mais pas exclusivement) parmi lesquelles on trouve généralement une découpeuse-laser, une imprimante 3D, une découpeuse vinyle et une fraiseuse numérique. La liste des machines et matériels nécessaires au fonctionnement d’un fablab – selon les critères définis par le CBA/MIT – est publique (le Fab Lab Inventory). Le fablab, ses machines, et ses utilisateurs sont encadrés par une charte de bonnes pratiques (Fab Charter) qui – sans être restrictive – impose un cadre de fonctionnement clair qui réunit à la fois les conditions nécessaires à l’émergence des pratiques les plus innovantes/experimentales et qui rend également possible la reproduction de projets déjà fonctionnels développés dans le réseau international des fab labs. Dans un fab lab, on agit localement et on pense globalement.

 

Le fab lab manager, garant de la bonne utilisation des machines
Le lieu est géré par un fablab manager (ce qui diffère d’un fab manager). Le rôle du Fab Lab Manager n’est pas de produire des objets à la place des utilisateurs ; sauf éventuellement dans le cas où le fablab est ouvert aux entreprises privées qui payent une prestation pour obtenir l’expertise d’un utilisateur confirmé (qui peut-être une autre personne que le fablab manager) ainsi que pour utiliser les machines à des fin de prototypage commercial (mais en aucun cas il ne peut s’agir de de production commerciale dite « à la chaîne » qui, de ce fait, emputerait l’accès aux machines d’autres types d’utilisateurs). En contre-partie de l’utilisation des machines, l’entreprise doit mettre gratuitement tout ou partie de ses plans à disposition des autres utilisateurs du fablab, dans une logique open-hardware. Ce dernier point concerne de fait tous les utilisateurs du fablab, sans exception.

 

La communauté au centre de la méthodologie
La dynamique des Fablabs est aussi basée sur une communauté d’utilisateurs assidus/experts qui ancre ses pratiques dans l’espace du fablab, constituant ainsi un groupe de référents capable d’accompagner informellement les nouveaux arrivants dans leur découverte de la fabrication numérique et dans leur compréhension des usages en vigueur dans le fablab (règles de sécurité, de vie, etc.). Dans ce contexte, la documentation des projets des utilisateurs experts est essentielle. Le fablab manager favorise la construction d’une telle communauté en proposant régulièrement des ateliers de groupe d’où émergeront progressivement ces “experts” auxquels il proposera ensuite d’assurer des formations sur un domaine ou un projet de leur choix, une fois par mois/par semaine. Cette dynamique communautaire permet donc au fablab d’étendre ses pratiques bien au-delà des seules compétences détenues par le fablab manager, garantissant l’ouverture du lieu vers un maximum de domaines et d’applications.

 

L’expérimentation et le prototypage comme piliers de la création
Dans un fablab, il est permis/recommandé de venir pour expérimenter, pour procéder au prototypage rapide d’objets grâce aux machines, pour se regrouper sur un projet commun de fabrication avec d’autres utilisateurs, pour acquérir de nouvelles compétences techniques (et autres), pour partager ses connaissances, pour se former, pour documenter ses propres travaux sous la forme de sets d’instructions pour ensuite les transmettre à d’autres personnes dans le réseau des fablabs aux niveau local/national/international, etc. C’est pourquoi le terme « opérateur » pose problème tant il renvoie à une chaîne de production, à une logique industrielle qui appartient plus au glossaire du Taylorisme. Ce qui s’opère dans le mouvement des fablabs est hybride. On réfléchit à ne pas gaspiller son temps et ses ressources, mais on vient aussi au fablab pour faire usage de sa créativité et pour expérimenter librement dans une logique ouverte, open-source, open-science, etc.

 

Le rôle du fab lab manager : un point central, au coeur du processus d’innovation
Donc, le fablab manager, n’est pas un opérateur ni un fab manager à qui l’on adresse une commande spécifique en vue d’obtenir un objet prototypé. C’est a la fois une sorte de maïeuticien, un animateur/rhétoricien, un technicien, un designer qui comprend aussi les enjeux politiques intrinsèques aux pratiques du DIY. C’est un maker qui a pour mission de tenir le fablab, de veiller à la bonne articulation des pratiques en adéquation avec les utilisateurs, d’organiser des temps de formation, de gérer le calendrier de réservations des machines, de développer les partenariats et des échanges avec les autres fablabs via son réseau personnel/professionel, de stimuler la communauté par des événements, de gérer les matériaux et les machines, de mettre en place des protocoles d’usage des machines et des ressources ou encore de maintenir le site web, il doit veiller aussi à ce que chacun respecte l’obligation de documenter ses travaux pour les rendre reproductibles par d’autres…enfin, Il doit être le plus « fluent » possible sur les machines dont il dispose ; il doit également constamment continuer à experimenter pour lui-même et se former pour suivre l’évolution des machines et les dernières innovations (techniques, technologiques, design, art, etc.).

 

Construire des liens étroits avec les centres de recherche
Les fablabs bénéficient de la proximité de laboratoire de recherche. L’inverse est également vrai. L’intérêt est mutuel. Le fablab facilite l’échange et l’expérimentation entre chercheurs, doctorants, étudiants en master, artistes, ingénieurs, personnels internes ou externes, et avec tous les publics imaginables. Le centre de recherche abrite le fablab, fournit des équipements et du personnel, et il bénéficie – entre beaucoup d’autres choses – du décloisonnement des pratiques que permet d’opérer un fablab, à la fois dans ses murs, mais aussi dans son environnement proche. Dans le meilleur des cas, certains projets realisés en fablab débouchent sur des success stories

 

Qu’est ce que tu fabriques aujourd’hui ?
Un « fablab » (Fabrication Laboratory) est un lieu de fabrication numérique. Toute personne qui a un projet y est bienvenue. On vient au fablab, on explique ce qu’on voudrait fabriquer au fab lab manager, on reçoit des avis et des conseils sur comment réaliser son projet et on passe à l‘action en réservant un créneau sur l’agenda du fablab. La phrase qu’adresse le fablab manager à un utilisateur qui vient d’arriver, c’est « what are you making today ? »: On vient pour fabriquer des trucs, des objets simples ou compliqués, interactifs ou non, dans un cadre personnel ou professionnel.

 

Focus sur le (Fab)Lab Digiscope
Le (Fab)Lab Digiscope est en premier lieu un Equipement d’excellence (Equipex) destiné à recevoir tous les chercheurs, ingénieurs et étudiants du programme Digiscope. Mais il accueillera également des artistes retenus dans le cadre de l’appel à projet Art/Science de La diagonale Paris-Saclay, des jeunes créatifs du centre culturel Le Ferry, des ingénieurs du Laboratoire des Gaz et du Plasma, les médiateurs de S [Cube], les personnels de la CAPS, etc. Enfin, nous avons depuis peu reçu l’accord du Comité du programme Digiscope pour accueillir tous les publics selon des modalités restant à definir et à éprouver dans le cadre spécifique de notre fablab de centre de recherche. Vous n’avez plus qu’à réserver votre première entrevue avec moi sur www.fablabdigiscope.wordpress.com !
Romain Di Vozzo

 

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